Grippe A - le désarroi d’un médecin (Dr Olivier BERNARD)

vendredi 16 octobre 2009
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Grippe A - Le désarroi d’un médecin - Dr Olivier Bernard - 15 octobre 2009 (La Tribune)

L’exercice de la médecine est personnel ; chaque médecin est responsable de ses décisions et de ses actes", indique l’article 69 du code de déontologie médicale. La campagne nationale de vaccination contre la grippe A impose bien à tout médecin de répondre en son âme et conscience à une question simple en apparence : dois-je utiliser le vaccin ou pas ?

Or, il est complexe de se faire une opinion objective sur le sujet, et les récents sondages mettent en lumière les hésitations de la profession : 56% des médecins libéraux ne se disent pas prêts à participer au plan de vaccination prévu. Lors des études médicales, nous avons été formés à nous poser systématiquement une question face à tout nouveau traitement : les bénéfices attendus sont-ils supérieurs aux risques encourus ? Qu’en est-il de ce vaccin contre la grippe A ?

Au sujet de la dangerosité de la pandémie et des enseignements à tirer des flambées actuelles, l’Organisation mondiale de la santé indique que les patients continuent d’avoir "une maladie bénigne dans leur immense majorité", que "le nombre de formes graves reste faible". La vague épidémique qui s’achève dans l’hémisphère Sud fait penser que la gravité clinique de cette grippe ressemble à une épidémie intense de grippe saisonnière. A titre d’exemple, l’Institut de Veille Sanitaire parle de 512 décès en Argentine et de 125 au Chili, pour des populations respectives de 40 et de 16 millions.

Bien entendu, chaque décès pris isolément est un drame. Mais ces chiffres plus faibles que prévu ne devraient-ils pas donner à reconsidérer les dangers précis de cette pandémie et, donc, les bénéfices attendus de la vaccination à grande échelle ?

Du côté des risques liés au vaccin, il n’est pas non plus aisé d’y voir clair. A ce sujet, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé, qui aux dires du Sénat n’est pas "totalement indépendante de l’industrie pharmaceutique, comme l’exigeraient ses missions d’évaluation et d’expertise", envoie depuis le 25 septembre des messages totalement rassurants. Mais plusieurs zones d’ombre persistent, par exemple au sujet de la présence dans les principaux vaccins commandés par la France d’adjuvants de nouvelle génération, tel le squalène, qui permettent d’augmenter la réponse immunitaire. Ce squalène aurait notamment été mis en cause, nous dit-on, chez des vétérans américains de la guerre du Golfe vaccinés et atteints d’un syndrome spécifique : l’unique étude citée par l’AFSSAPS pour nous rassurer sur ce point provient du Département de la défense américain.

Le Haut-Conseil de la santé publique, dans son avis du 7 septembre fixant les grandes lignes de la campagne de vaccination française, même s’il estime au sujet du squalène que "...l’expérience reste limitée...", se veut tout aussi rassurant, mais, là encore, une seule étude est référencée et ses auteurs appartiennent tous au laboratoire Novartis qui va fournir 16 millions de doses de vaccin à la France.

Enfin, les industriels du médicament américains ont obtenu le 15 juin de leur gouvernement l’assurance totale d’absence de poursuite juridique en cas de survenue d’effets indésirables liés au vaccin contre la grippe A. Pourquoi ? Que craignent ces laboratoires ?

D’après les articles 40 et 8 du code de déontologie, "le médecin doit s’interdire, dans les investigations et interventions qu’il pratique comme dans les thérapeutiques qu’il prescrit, de faire courir au patient un risque injustifié." "Il doit tenir compte des avantages, des inconvénients et des conséquences des différentes investigations et thérapeutiques possibles."

Pour être fidèle au serment que j’ai prêté et me faire une opinion sérieuse sur le sujet, j’aurais aujourd’hui besoin, comme nombre de mes confrères qui partagent mes interrogations, de mieux connaître les bénéfices attendus de la vaccination au regard des dangers réels de cette grippe, et d’avoir des informations plus précises sur les risques potentiels de cette injection.

Dr Olivier Bernard


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